Les réflexes de paix

Imaginez que vous êtes au milieu d’une tension, d’une violence… Ou que quelqu’un vous bouscule, vous insulte, vous humilie… Plutôt que de dire ou faire des choses qui vont mettre encore plus d’huile sur le feu, ayez le bon réflexe, le réflexe de paix!


Adoptez des réflexes de paix

Apprenez ce qu’est un réflexe de paix dans notre dictionnaire pour la paix, puis inspirez-vous des exemples vécus par des personnes comme vous, qui ont trouvé en quelques microsecondes ou après mure réflexion une idée géniale ou les mots justes, une parade astucieuse ou une porte de sortie créative pour retourner et dépasser la situation.
Offrir un réflexe de paix à votre interlocuteur lui permet de se calmer, ce qui vous calmera sûrement en retour. Et s’il s’agit d’un risque de violence physique, parfois, il suffit de stimuler son imagination et d’avoir un peu de cran pour renverser le rapport de forces sans violence et devenir un héros, une héroïne …

Plus encore, pour résoudre un conflit, pour entamer une communication de type CNV*, il est d’abord nécessaire d’apaiser un minimum, ceci pour rendre possible une écoute et un dialogue constructifs.

* Communication Non-Violente, Marshall Rosenberg


Définition du réflexe de paix

Le réflexe de paix est tout acte proactif et immédiat d’apaisement d’une personne ou d’un groupe dont le désir de violence s’enflamme ou se devine. Il s’agit de faire le choix de substituer ses réflexes habituels de violence, ceux qui alimentent les conflits face à une agression physique, verbale ou autre, par des réflexes de paix qui vont apporter l’apaisement.

Les réflexes de paix peuvent être innés (se faire spontanément, de bon cœur) ou acquis. L’entrainement permet d’acquérir de meilleurs réflexes de paix et d’en faire dans des situations très chargées d’émotion, qui semblent insolubles.

Retrouvez facilement cette définition dans le dictionnaire de la paix et comparez-la à celle formulée pour les enfants. 


Une philosophie de vie qui cultive l’apaisement

La paix comme philosophie de la vie peut s’entendre comme plusieurs choses :

  • comme l’attente ultime d’un monde sans guerres
  • comme la cultivation de la paix intérieure
  • comme la cultivation des relations au delà des divergences de tous ordres, y compris culturelles
  • comme la pratique d’une culture de la paix, qui englobe en outre la pratique de l’apaisement.

C’est en cela que servent les réflexes de paix …

Si la paix est choisie comme philosophie de la vie, qu’est-ce que cela implique de nous ?
Cela dépend de nos attentes :

  • L’attente de la paix, comprise comme monde sans guerres, c’est à dire une philosophie qui valorise l’affirmation du besoin de paix, est un choix essentiel, cependant, c’est un choix sans grande implication personnelle, voire une posture passive comme choix de vie, même si le souhait de paix est ardent !
  • La cultivation de la paix intérieure requiert une implication plus active, c’est un effort constant de se perfectionner sur ce plan. Cependant, s’il est centré essentiellement sur soi, l’implication envers l’autre restera faible. C’est une philosophie qui valorise la quiétude et la sérénite personnelle, dans l’idée que cela contribue aussi à des relations de paix.
  • Si l’attente, c’est l’entente au delà des divergences, y compris culturelles, cela demande une implication personnelle plus forte, centrée à la fois sur soi (son ouverture à l’autre) et sur l’autre (la recherche de valeurs communes qui relient au-dela des différences). C’est une philosophie de la vie qui valorise la convergence et dévalorise la divergence.
  • Et si l’attente est un monde imprégné de culture de paix, où chacun sache contribuer à l’apaisement, cela demande, au-delà de l’ouverture à l’un l’autre, et du partage de valeurs communes, une implication personnelle proactive, où c’est soi-même qui apporte l’apaisement malgré les divergences, les émotions, la colère, la peur. C’est faire le choix de pratiquer soi-même des réflexes de paix face aux réflexes de discorde, face aux réflexes de violence. C’est une philosophie de la vie qui valorise l’effort d’apaisement en plus de tout ce qui précède.

Stratégie du réflexe de paix

C’est le désir de paix qui est la condition nécessaire du réflexe de paix. Être en paix n’est ni une condition, ni réaliste lors d’un conflit. Il s’agit donc de privilégier le désir de paix avant de se focaliser sur ses propres besoins émotionnels ; de mettre de côté, temporairement, sa propre colère, ses propres frustrations et blessures.

Pour cela, on cherche d’abord à sentir ce que l’on peut apporter à l’autre pour le calmer et atteindre un premier niveau d’apaisement le plus vite possible : offrir des mots et gestes qui apportent des émotions positives est plus efficace à ce premier stade qu’un raisonnement. Le réflexe de paix va donc consister à se relier à l’humanité de l’autre, à créer du lien, à donner de la chaleur humaine, à contribuer au sentiment d’acceptation, d’appréciation, d’appartenance, d’intégration, de reconnaissance, … de l’autre.

  • En cas de conflit relationnel, le but ultime va être d’établir ou de rétablir la relation humaine. Cela ne servira à rien de parler de ses propres besoins et frustrations tant que l’autre est en colère : il n’entendra rien, ou pire, cela augmentera son irritation et résultera en une spirale ascendante de colère mutuelle. Pour parler de ses propres besoins, il faudra d’abord transformer le climat en désarmant la colère ou la fermeture de l’autre en touchant son cœur. Ensuite, il faudra rester alerte et sensible au fait que leur explicitation peut avoir l’effet contraire si le moment n’est pas juste.
  • En cas de danger physique, le but ultime sera d’établir une relation mutuelle de non-violence. Là aussi, il faudra toucher le cœur de l’agresseur, ou alors le distraire, le surprendre, le décontenancer, lui imposer des limites, ou adopter toute autre tactique qui réussira à désarmer son désir de violence. Il faudra surtout agir vite. Toutes ces tactiques sont des réflexes de paix.

Le réflexe de paix envers l’autre permet d’agir sur les besoins émotionnels de l’autre, et par-là même, sur ses propres besoins immédiats (par exemple ressentir un geste du cœur, ne plus être malmené, ne plus subir les cris ou invectives de l’autre, ne plus risquer d’être violenté).

De même, recevoir un réflexe de paix permet de se faire aider pour se calmer, pour sortir de son propre état de colère. Il est souvent étonnant de voir à quel point un réflexe de paix approprié peut vite calmer la colère de l’autre.


Attitudes possibles face à un conflit

Comme tout moyen de résolution de conflit, le réflexe de paix est une méthode axée sur un savoir-être (contrôle de soi pour permettre la paix) et un savoir-faire (amener l’autre à la paix). Face à la violence, physique ou verbale, il est courant de ne voir que deux voies possibles : la lutte ou la fuite (fight or flight). Pour certains, la seule réaction semble la paralysie. Ni l’attaque, ni l’évitement, ni la paralysie ne résolvent un conflit. Le réflexe de paix est une voie supplémentaire, en amont du dialogue de fond, qui permet d’apaiser un conflit et de bien démarrer le processus de résolution…

Dans le feu d’une négociation, il est habituel de ne considérer que 2 options :

  • défendre coûte que coûte sa propre position (persister dans le conflit)
  • ou céder mutuellement sur certains points dans un esprit consensuel pour aboutir à un résultat acceptable pour les 2 parties (résoudre le conflit).

Le réflexe de paix envers l’autre va aider positivement le démarrage et le déroulement de ce processus, ainsi que la résolution même du conflit en créant un état émotionnel mutuellement propice. Même si aucune méthode de résolution de conflit ne prétend offrir une garantie de réussite de 100%, le réflexe de paix et les autres vont être plus efficaces que le réflexe de violence ou de fuite.


Le réflexe de paix – une méthode de résolution de conflit

Le réflexe de paix – une méthode de résolution de conflit

Les réflexes de paix sont des outils d’apaisement et de résolution de conflits qui privilégient :

  • le désir de calmer rapidement le cœur de l’autre, avant toute autre chose
  • le choix de contribuer soi-même à l’apaisement (responsabilité proactive)
  • le respect de la dignité de l’autre, de son intégrité physique et psychique.


Les réflexes de paix se placent en amont du processus de résolution des conflits et peuvent compléter d’autres outils et méthodes de résolution (alphabétisation émotionnelle, travail sur les peurs, sur la confiance en soi, écoute et dialogue, facilitation, médiation, CNV (communication non-violente), techniques de négociation, processus de réconciliation,…).

Pour adopter des réflexes de paix, pour les éveiller en l’autre, pour enseigner aux jeunes et moins jeunes des techniques de résolution de conflit, nous proposons de commencer par éveiller une prise de conscience nous concernant :

  • que notre désir de paix devrait primer face à tous nos autres désirs
  • que notre soif de respect, de compréhension, d’appréciation, d’accueil d’empathie, …) est assez réciproque : ces valeurs humaines (celles qu’on devrait offrir à l’autre pour le calmer parce qu’on souhaite tant les recevoir…) sont celles qui nous permettent de nous relier à l’humanité de l’autre à partir de notre propre humanité
  • que notre demande de ne pas être violenté, blessé, insulté, rabaissé, ignoré… est également réciproque; que ces valeurs morales – celles qui devraient nous guider pour ne pas faire à l’autre ce que l’on ne souhaite pas pour soi, et notamment, la violence – devraient tenir bon – même en cas de confrontation.

C’est cette triple prise de conscience qui nous prépare à opérer en mode réflexes de paix et à contribuer plus généralement à la paix.


Catégories de réflexes de paix

Il y a deux types de réflexes de paix, selon que l’on est en situation de conflit relationnel ou de danger physique :

  •  en cas de conflit relationnel, le réflexe de paix va consister à tendre vers l’autre avec un élan du cœur pour faire baisser la tension et construire progressivement des relations de vivre-ensemble agréables, paisibles et durables
  • en cas de danger physique, de risque de blessure ou de mort, le réflexe de paix va consister à adopter des tactiques pour désamorcer le désir de violence de l’agresseur afin de se protéger.

Ces deux types de réflexes de paix s’appliquent aussi en cas de conflit ethnique ou nationaliste : la paix devient possible quand les populations et les politiques réussissent à exercer des réflexes de paix qui apaisent les atteintes psychiques et physiques du passé pour désamorcer le désir de violence de chaque partie. Cela implique que la société civile suscite proactivement le désir de paix des politiques et réciproquement.


Mise en pratique du réflexe de paix

​Mise en pratique du réflexe de paix

Le réflexe de paix peut s’exercer dans deux types de situation :

  • en cas d’agression psychologique (verbale ou non-verbale, harcèlement, etc.)
  • en cas de risque d’agression physique

Il se fait en 1, 2 ou plusieurs étapes d’apaisement…

La 1ère étape est essentielle pour amener celui qui est agressif ou violent dans un état progressif de connexion, d’écoute.

Les besoins émotionnels immédiats des uns et des autres sont généralement lisibles, faciles à capter par les parties en conflit, sans explicitation détaillée.

Cette explicitation ne peut se faire efficacement que dans une 2e étape – après que des réflexes de paix aient pu produire leur effet d’apaisement.

Comment réagir avec un réflexe de paix en cas d’agression verbale

Dans ce cas, les qualités nécessaires pour utiliser des réflexes de paix sont :

  • maîtrise de ses émotions négatives (colère, peur, autres)
  • compréhension rapide, intuitive de la psychologie de l’autre : ce qui provoque sa colère, ses peurs
  • confiance pour faire face à la colère de l’autre et le calmer, à rétablir un rapport de forces positif
  • rapidité d’action (agir avant que le conflit devienne ingérable)
  • capacité d’élever, de déplacer ou de dérouter le débat pour ne pas alimenter le feu

plus évidemment le désir de paix, ainsi que des valeurs humaines et morales.

Voici les étapes :

1. 1er temps d’arrêt : changer de registre
C’est à dire empêcher son propre réflexe de fuite ou de violence, du type :
* attaque en retour : insultes, jugements, critiques, ton agressif
* défensive en retour : arguments émotifs, ton tenduet empêcher ainsi le pingpong de joutes oratoires qui attisent la violence.


2. 2e temps d’arrêt : anticiper
* anticiper les réactions positives ou négatives possibles de l’autre
* déployer rapidement ses multiples capteurs pour percevoir les besoins immédiats de l’autre,
* puis sélectionner le réflexe de paix le plus apte à apaiser l’autre sur l’instant.


3. Utiliser ce réflexe de paix avec chaleur humaine, viser à toucher le cœur de l’autre
* Persévérer….. jusqu’à l’apaisement de l’agressivité


4. Aborder les motifs de la colère (ou de la violence psychique) :
* à la suite de cet échange ou à un autre moment plus propice (même un autre jour)


5. Exprimer ses propres limites, besoins et demandes
Attendre que l’autre soit suffisamment apaisé pour nous écouter pour nous exprimer :
* ses limites que l’autre ne doit plus dépasser
* ses autres souhaits et demandes
* ses propres peurs, frustrations, sentiments, besoins, …


6. Lorsque la violence est calmée : Aborder les motifs du désir de violence physique
(si utile et sans danger)

* Accepter puis exprimer la possibilité d’avoir pu contribuer à l’agressivité physique de l’autre
* Exprimer son regret d’avoir suscité cet état, et si approprié, exprimer aussi ses excuses.

Comment réagir avec un réflexe de paix en cas d’agression physique

Les qualités nécessaires pour utiliser des réflexes de paix en cas d’agression physique sont quasiment les mêmes. Il serait utile d’avoir en plus la capacité d’affronter et de déstabiliser psychologiquement l’agresseur…

1. 1er temps d’arrêt :changer de registre

 * Empêcher son propre réflexe de peur ou de violence

2. 2e temps d’arrêt : anticiper

 * Anticiper les réactions possibles de l’autre

 * Déployer très rapidement ses multiples capteurs pour percevoir les forces et faiblesses de l’autre

3. Fuir si le risque est trop grand.

4. Si impossible, choisir le réflexe de paix le plus apte à décontenancer l’autre sur l’instant

 * Utiliser ce réflexe de paix avec aplomb, essayer d’inverser le rapport de forces.

5. Utiliser d’autres réflexes de paix qui ouvrent la carapace de l’agresseur

 * Toucher son cœur jusqu’à son dégonflement

6. Si la violence devient incontournable et la fuite trop risquée

 * Attaquer en respectant au maximum la vie et l’intégrité physique de l’autre et en le communiquant de façon non-verbale, comme dans les arts martiaux.

7. Si la violence est calmée

 * Aborder les motifs du désir de violence physique (si approprié et sans danger)

 * Accepter puis exprimer la possibilité d’avoir pu être à l’origine de l’agressivité physique de l’autre

 * Exprimer son regret d’avoir suscité cet état, et si approprié, exprimer aussi ses excuses.

8. Exprimer ses limites que l’autre ne doit plus dépasser

Développer des réflexes de paix

Voici quelques pistes pour développer ses “réflexes de paix”.

Parfois, il suffit d’un seul réflexe, pour ne pas enclencher la violence des autres : retenir le geste ou la parole qui va enflammer la violence. C’est le premier réflexe de paix.

Dans d’autres situations, c’est presque le contraire : on peut réussir à calmer des violences en formulant avec fermeté les limites à ne pas dépasser, en sachant dire NON, en ajoutant que la violence est inacceptable entre humains. C’est un deuxième réflexe de paix.

Enfin, même lorsqu’un rapport de forces est très déséquilibré au départ, il peut être inversé à son avantage en ébranlant et sapant la psychologie de l’agresseur. La très grande majorité des gens ne peuvent pas imaginer être capables de cette inversion.

Pour s’en convaincre, il faut devenir conscient que le “violent” peut avoir aussi peur que nous. Dans ces cas, il y a plusieurs autres réflexes de paix possibles faisant appel à l’inventivité, et orientés vers la “déstabilisation positive” et l’inversion des rapports de force.

Des “réflexes de paix” selon la situation :

Il n’y a pas de façon d’être ou d’agir qui soit efficace en toute situation, à part une : garder la tête froide pour choisir les “réflexes de paix” les plus adaptés !

1. Permettre à la situation de se détendre

  • Retenir le geste ou la parole qui va nourrir, enflammer la violence
  • Laisser l’autre vider en entier son “sac de paroles”.

2. Formuler clairement les (ses) limites à ne pas dépasser

  • Savoir dire NON pour arrêter la violence
  • Utiliser le silence qui en résulte :
    • pour réfléchir aux mots (et gestes) qui seront les plus efficaces pour désamorcer la situation.
    • pour mettre à l’épreuve la peur de l’agresseur.

3. Dire ces mots/faire ces gestes qui vont agir sur la psychologie de l’agresseur

  • pour désamorcer (son énervement, son agressivité)
  • pour inverser le rapport de forces (sur le plan psychologique à défaut de la force physique)
  • pour créer une “déstabilisation positive” de l’agresseur (par le regard, le geste, la parole, l’humour, l’inattendu,…)
    • Modifier les certitudes pour inverser les rapports de pouvoir
    • Mettre le doigt dans la carapace de l’autre.

Une des solutions bien connues et efficaces est de lui faire penser avec émotion à “CELLE” qui compte le plus pour lui: sa mère, sa soeur, sa fille, son épouse, sa bienaimée, … ne serait-ce que quelques secondes, le temps de le distraire de ses intentions et faire dérailler son plan.

4. Garder la tête froide pour être créatif/ve et :

  • trouver des diversions inventives
  • ou attirer l’attention d’autres (bruit, téléphone portable, appel, cri, éloignement, …)
  • ou créer des situations que l’agresseur n’avait pas pu imaginer ou planifier.