L’inacceptabilité de la violence

Si on veut sincèrement la paix dans nos relations interpersonnelles, sociales ou collectives, il faut bien commencer par se donner comme but que la violence, sous ses différentes formes, devienne inacceptable.


Définition de l’inacceptabilité de la violence

L’inacceptabilité de la violence est une norme que chacun peut viser au niveau personnel et au niveau collectif. C’est une prise de position qui permet de reconnaître la violence, la nommer et la pointer du doigt.

Cette prise de position privilégie la non-violence, et reconnaît en outre que :

  • la violence existe, mais que personne ne veut la recevoir, ni la craindre
  • la violence n’est qu’un outil parmi d’autres pour se défendre ou se valoriser – à n’utiliser qu’exceptionnellement, et que pour se défendre lors d’un danger extrême ; dans ce cas ultime, la violence doit être la plus minimale possible
  • la violence peut être efficacement désarmée par des réflexes de paix, faits avec cœur et conviction (respect, écoute, dialogue, empathie, propositions …).

Cette prise de position reconnaît aussi que chaque personne, chaque communauté :

  • a le devoir de se protéger, de protéger les siens, sa communauté, tout être humain
  • a un seuil à partir duquel la violence, physique ou psychologique, lui paraît inacceptable
  • peut faire un travail sur soi pour abaisser ce seuil afin de ressentir comme inacceptable des formes de violence jusqu’alors banalisées.

Différences entre « inacceptabilité de la violence » et « non-violence »

« L’inacceptabilité de la violence » et la « non-violence » sont deux approches qui ont le même but – diminuer significativement les violences dans notre environnement et dans le monde. Cependant, « l’inacceptabilité des violences » diffère de la « non-violence » sur le plan éducatif et sur le plan psychologique.

Qui ne souhaite pas un monde non-violent ?

La « non-violence », c’est dire non à toute violence, et de trouver les moyens pour entamer un dialogue et des actions pour dépasser la violence. C’est un comportement actif, pas passif, sans recours à la violence. Cependant, beaucoup de gens balayent d’un revers de main le concept de non-violence, parce qu’ils trouvent ce concept inadéquat face à des envahisseurs meurtriers ou des agresseurs. Ils peuvent se sentir démunis physiquement et sur le plan psychologique. Ce que nous proposons avec le concept d’inacceptabilité de la violence , c’est une norme d’engagement. S’engager pour l’inacceptabilité de la violence ne veut pas dire que la violence n’existe pas, ni que, en cas d’agression sur sa personne, on reste les bras ballants.

Cela veut dire :

  • qu’on refuse d’être celui/celle qui agit ou réagit par la violence
  • qu’on développe des réflexes de paix qui apaisent ou déroutent les réflexes de violence (des autres, les nôtres)
  • qu’en cas d’agression sur sa personne ou sa communauté, cela se limite à l’option de dernier recours.

En enseignant cette norme dès le plus jeune âge, les dérapages tels que la violence dans la rue, à l’école, ou dans les foyers pourraient plus facilement régresser. De même, il serait progressivement moins probable que des futurs leaders deviennent des instigateurs de violence contre d’autres, telle que l’histoire en a trop produits. L’éducation à « l’inacceptabilité de la violence », c’est imprégner les enfants avec l’idée que la violence est inacceptable parce que l’on doit respecter l’autre.

Une question de culture ? La notion d’inacceptabilité des violences peut s’intégrer dans toutes les cultures, car toutes les cultures enseignent, avant tout, le respect d’autrui. Il existe différentes méthodes et outils pour ne pas susciter, ni attiser des réactions violentes chez l’autre ou pour surmonter une flambée de violence, notamment les réflexes de paix.


Différence entre « conflit » et « violence »

La violence est toujours négative, car destructive, alors que le conflit peut être positif s’il est constructif et s’il évite ainsi de tomber dans la violence.

La violence

La violence est toujours négative, parce qu’elle est destructive pour les deux parties en conflit, et éloigne la possibilité d’un accord. De plus, la violence est destructive à la fois dans le présent et pour l’avenir.

Le conflit

Le mot « conflit » peut se comprendre de deux façons:

  • avec une connotation négative quand il s’accompagne de violence (conflit armée)
  • ou avec une connotation constructive quand il exprime une opposition, un désaccord entre deux parties, sans passer à la violence à ce stade.
    Dans ce cas, l’expression du désaccord par chacun des parties va leur permettre de comprendre la position de l’autre, et par là, de tenter de transformer le désaccord en accord.

Comment passer de la violence destructrice au conflit constructif?

Nos relations avec d’autres personnes, c’est-à-dire notre vie sociale, entraîne des oppositions, des tensions et des conflits.

Les questions essentielles sont alors:

  • Comment canaliser les désirs de violence qui peuvent naître d’un désaccord ou d’un conflit, pour qu’ils soient les moins destructeurs possibles?
  • Comment rester au stade du conflit constructif pour transformer le désaccord en accord, sans dégénérer en violence?
  • Ou si la violence s’est déjà exprimée, comment revenir au stade du conflit constructif pour que les divergences de positions se transmettent plutôt par des mots.

Evolutions possibles du conflit

Le conflit, au sens de l’opposition de positions, peut se résoudre si les 2 parties se font des concessions réciproques ou trouvent une 3e voie créative. Par contre, il s’enlise et s’empire, si les 2 parties campent sur leurs positions, sans imaginer d’autres voies d’issue acceptables.

Bénéfice du conflit constructif

Le conflit constructif, c’est l’expression claire d’un désaccord avec, comme but, d’arriver à un accord qui résoud le conflit. L’expression du désaccord est saine, car elle permet de reconnaître l’existence du conflit, sans quoi, il ne peut se résoudre. Il faut donc s’encourager à s’autoriser à l’exprimer, et à l’exprimer expressément dans ce but.


Définition et niveaux de violence

Quand on parle de relations de paix, on dit que la violence est inacceptable parce que c’est le non-respect de la qualité humaine de l’autre, mais de quel type de violence parle t’on, et de quel niveau de gravité ?

Définition de la violence

On définit la violence comme l’atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique de l’autre ou des autres, ou perçue comme telle.

Niveaux de la violence

On peut dire qu’il y a quatre niveaux possibles de violence :

  • mortelle
  • invalidante, non guérissable
  • blessante mais guérissable
  • à conséquences bénignes (mais pas sans conséquences, puisqu’on ne peut jamais savoir si c’est sans conséquences sur le psychisme plus tard).

Ces quatre niveaux ne se limitent pas à la violence physique, ils concernent tout autant les violences morales et psychiques. Les trois formes peuvent chacun avoir, comme conséquence, juste un désagrément, ou une blessure plus durable, ou une invalidité permanente, ou alors, la mort.